« La remorque sous haute tension »

 

Les syndicats de l’opérateur historique contestent chez le nouvel entrant une organisation du travail source de concurrence déloyale .

Sur le port du Havre, il n’y a plus de monopole sur le remorquage et le nouvel entrant est bien décidé à optimiser sa masse salariale. Les syndicats de Bodula, l’opérateur historique, sont en première ligne pour mettre la pression sur la SNRH pour non respect du Code du Travail et des accords cadres de la profession.

erika11La direction de Bodula laisse faire cette bataille juridique qui pourrait conduire à un blocage des ports.

Les syndicats CGT, CFDT et CFE-CGC réunis dans le comité de coordination des officiers et marins du remorquage menacent de bloquer les ports si les autorités maritimes n’apportent pas la preuve que la Société Nouvelle de Remorquage du Havre (SNRH), filiale du hollandais Kotug, respecte le code de travail et les accords cadre de la direction. Notamment au niveau de l’organisation du temps de travail, de la prise en compte des heures de présence à bord, des délais des planning, des repos et des congés.

Bataille navale juridique

L’implantation en 2006 de la SNRH sur le port du Havre ne ressemble pas à un long fleuve tranquille. Le compteur est pour le moment à 17 procédures au tribunal administratif. La direction des Abeilles, alors filiale de Bourbon, opérateur exclusif du remorquage sur le port du Havre s’est employée à faire savoir à l’autorité portuaire son opposition au projet de création d’un nouvel opérateur. Surtout que ce sont d’anciens cadres dirigeants des Abeilles Le Havre, revendue en 2007 à l’Espagnol Bodula, qui ont lancé la SNRH… C’est en 2005 que le tribunal administratif fait

On en n'est plus à une prêt !!

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injonction aux affaires maritimes d’accorder l’agrément d’exploitation qualifié de « décision d’effectif » à la SNRH. Et voilà que l’Association Professionnelle des Entreprises de Remorquage Maritime (Aperma) négocie en décembre 2005 avec les syndicats de salariés un accord cadre sur les modalités d’aménagement du temps de travail qui exclue les rotations sur des cycles longs, comme justement entendait le faire la SNRH avec 7 jours à bord, suivis de 7 jours de repos à terre. Ou encore 14 jours à bord suivis de 14 jours à terre. Au Havre, Bodula fonctionne en effet en mode 24/48 soit 24 heures à bord suivies de 48 heures à terre.

Nouveau recours de la SNRH auprès du tribunal administratif pour faire accepter son mode d’organisation du travail.

 « Comment créer les conditions de la concurrence si le même mode d’organisation s’impose à tous les acteurs » – Mathieu Croix, avocat de la SNRH.

« Comment créer les conditions de la concurrence si le même mode d’organisation s’impose à tous les acteurs. L’accord Aperma a été bouclé à la va-vite, en réaction à l’arrivée de la SNRH et nous ne manquons pas d’exploiter toutes ses failles », déclare Mathieu Croix, avocat de la SNRH qui souligne que « le droit du travail maritime accorde avocatdes contreparties à la flexibilité et à la pénibilité, comme 36 jours de congés payés et une retraite à 55 voire 52 ans. » À noter que Mathieu Croix a été, un temps, l’avocat du CE des Abeilles Le Havre à qui il a permis d’obtenir des avancées sociales comme un 13ème mois. L’occasion pour l’avocat de rappeler que le mode d’organisation du temps de travail de la SNRH a été validé par le vote favorable de 70 % des salariés avec le relais du SIPR, le syndicat maison, seul signataire de l’accord. Sans surprise, voilà un SIPR qualifié de « jaune » par les autres syndicats dits « représentatifs » du concurrent Bodula. En juillet 2006, le nouvel entrant commence donc son activité. Pas longtemps, puisqu’en août 2006, les affaires maritimes suspendent l’agrément. Nouveau recours devant le tribunal administratif. Rebelote en mai 2008 avec une nouvelle suspension d’agrément pour non-respect des temps de repos à bord des remorqueurs. La SNRH assure les autorités portuaires que son mode d’organisation se trouve dans les clous et l’activité repart.

De simples injonctions de l’inspection du travail :

« On peut se demander pourquoi les procès verbaux n’ont pas été dressés. L’inspection du travail est sans réel pouvoir, s’il n’y a pas l’aide du procureur… » – Alain Bourgeois, CFDT SNRH Le 13 août 2009,

 Alain Bourgeois, délégué syndical CFDT de la SNRH commence une grève de la faim pour réclamer la possibilité de prendre 12 jours de congés consécutifs en travaillant en 7/7. « Les cycles en 7/7 ou 14/14 (rendus possibles dans le cadre d’une organisation adaptées aux ports de faibles trafics) ne sont pas adaptés à des ports INSPECTIqui connaissent une forte activité, avec parfois des pics comme celui du Havre. Le délai de 24 heures, exigé par ce type d’organisations, pour annoncer le planning, ne peut être respecté, contrairement à ce que la SNRH a voulu prouver auprès des autorités », estime Alain Bourgeois. Dès juillet 2009, un courrier adressé par un inspecteur du travail de la section maritime à la direction de la SNRH le conforte dans sa revendication et invite la société à « faire droit à sa demande. » Un courrier dont l’argumentation repose sur l’articulation entre droit du travail maritime et droit du travail général. La teneur du second courrier adressé en août par le successeur du premier inspecteur du travail est la même.

Sauf que ces courriers ne font nullement pression sur la direction de la SNRH puisqu’il ne s’agit pas de procès verbaux mais de simples injonctions… « On peut se demander pourquoi les procès verbaux n’ont pas été dressés. L’inspection du travail est sans réel pouvoir, s’il n’y a pas l’aide du procureur… », lance Alain Bourgeois dont la grève de la faim a pris fin après 3 semaines. Le mouvement a alors pris un tour plus collectif avec le soutien des syndicats CGT, CFDT et CFE-CGC des officiers et marins du remorquage, dont une bonne partie travaille chez Bodula. Ils demandent en particulier que les autorités maritimes s’assurent que la SNRH emploie bien 64 marins comme elle s’y était engagée, pour obtenir l’agrément. « Il n’y a pas plus de 56 marins en poste », affirme Alain Bourgeois.

Du côté de la direction de la SNRH, on annonce un effectif de 75 salariés dont 65 marins sur 6 remorqueurs. Même avec ce dernier chiffre, il est clair que le nouvel entrant optimise sa masse salariale puisque son concurrent emploie 120 marins sur 7 remorqueurs… La concurrence fait mal. En 2009, un plan social a supprimé 37 emplois chez Bodula Le Havre et un autre pourrait suivre. La flotte est passée de 9 à 7 remorqueurs, tandis que la SNRH a raflé 30 % de parts de marché sur fond d’une chute des prix de 25 à 35 %. Face aux pressions, Kotug (maison mère de la SNRH) menace de se retirer du marché français. « Ça ne tient pas debout quand on sait qu’ils s’intéressent au port de Marseille », explique Benoît Auradou, membre CGT du CHSCT de Bodula Le Havre.

Cap sur la déréglementation :D’autres menaces s’annoncent sur l’organisation du travail. Comme celle qui pourrait viser à faire passer l’équipage minimum d’un remorqueur de 4 à 3. Qui du capitaine, du chef mécanicien, du mécanicien ou du matelot passe par dessus bord ? En attendant, la SNRH ne s’embarrasse pas d’anciens capitaines au long court, comme c’est souvent le cas chez Bodula, pour manœuvrer ses remorqueurs. On y trouve des marins brevetés « capitaine 500 » habilités à diriger un remorqueur, pour peu que celui-ci ne soit pas amené à une opération de sauvetage en haute mer. « Issus généralement de la pêche, de la marine nationale ou de la plaisance, ils ont suivi 6 mois de formation mais ne sont pas titulaires d’un brevet d’officier de marine marchande. Légalement payés au moins déreglemntautant que le chef mécanicien, ils obtiennent chez Kotug leur bâton de maréchal, et sont donc moins enclins à la revendication. Ils ont par ailleurs monté le SIPR », fait remarquer Benoît Auradou, ancien capitaine au long court chez Bourbon. Pour ce dernier, « avec 26 % de CDD dans ses effectifs, la SNRH anticipe le passage à trois. » Les effectifs tournent manifestement à la SNRH puisque 258 contrats d’embauche auraient été signés en trois ans d’activité. Un passage à trois qui ne dérangerait pas, pour le coup, la direction de Bodula. « Bodula se bat contre Kotug mais ne serait pas malheureux de vivre une dérèglementation totale du marché », reconnaît Benoît Auradou.

(Article paru sur le site Miroir Social)

ou encore « Le quai du blog d’un conseiller municipal squatté par les marins »

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Un commentaire pour « La remorque sous haute tension »

  1. emmanuel1978 dit :

    Contemporary particular money chest in that administration, headship citizens require lap dog air lock boat. http://uciejok.com http://ufuomga.com http://tilposa.com http://owueral.com http://wadubte.com

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