CRISE: « Entre optimisme et scepticisme »

Experts et acteurs du monde maritime ont analysé les conséquences de la crise mondiale pour le secteur lors des 5e Assises de l’économie de la mer et du littoral à Brest. Les uns sont optimistes, les autres sceptiques quant à une reprise.

Transport maritime - La crise sera-t-elle longue pour le monde maritime ?
« À fin 2009, le trafic des grands ports maritimes français devrait retomber à son niveau de 2004 »

Après s’être extasiés des années durant sur l’insolente croissance du transport maritime, les experts se sont penchés sur la crise mondiale et ses conséquences lors des 5èmes Assises de l’économie maritime organisées par nos confrères des Échos et du Marin, à Brest, les 1er et 2 décembre 2009.

Si la tendance constatée à fin août 2009 devait se confirmer jusqu’en décembre, le trafic de marchandises dans les sept grands ports maritimes français et un 8ème port d’importance, celui de Calais, retomberait en 2009 à son niveau de 2004, un peu au-dessus de 320 millions de tonnes. La manutention s’en trouve directement affectée, avec un « repli généralisé de l’activité prévu entre 3 et 5% pour 2009 », selon le cabinet de consultants PricewaterhouseCoopers.
Les mêmes experts relèvent « l’extrême volatilité des indicateurs retenus » pour rendre compte de l’évolution des taux de fret, qui jouent toujours au Yo-Yo, mais à un niveau bas. « L’exemple de la valeur d’affrètement d’un Capesize, qui est passée de 200 000 dollars à 20 000 dollars par jour » en quelques mois, « révèle toute l’ampleur de la crise qui touche aujourd’hui les transporteurs maritimes« .

Les trafics les plus touchés

Les dégâts sont manifestes sur les transports conteneurisés. Mais les liners ne sont pas seuls touchés. Pour les car carriers, « le bilan 2009 est totalement catastrophique pour les flux mondiaux de voitures neuves », écrit Paul Tourret dans la dernière note de synthèse (1) de l’Institut supérieur d’économie maritime (Isemar).

Concernant le roulier européen, il relève que la chute des trafics de fret RoRo pour 2009 est « encore imprécise, mais il s’avère que les liaisons de la Baltique en relation avec la Russie et les États baltes reculent de 30 à 40%, celles de mer du Nord et de Scandinavie de 20 à 25%, le détroit du Pas-de-Calais et l’Irlande de 15%, les îles espagnoles de 10% ».

L’Isemar constate aussi que le secteur des fruits est plombé par l’effondrement des économies britanniques et d’Europe de l’Est. Dans le secteur pétrolier, les taux de fret se sont dramatiquement effondrés, du fait d’un recul de la demande et d’une réduction de l’offre. Les perspectives, selon l’Isemar, sont bonnes pour la consommation de gaz, mais « le transport de LNG est naturellement déprimé (taux de fret réduit de moitié) alors que déjà il subissait un phénomène particulier », à savoir des livraisons de navires de grands gabarits sans que les équipements portuaires soient prêts à les accueillir. Quant aux vracs, ils ont subi une chute « vertigineuse » de l’indice composite Baltic Dry (BDI) passé entre août et décembre 2008 de 12 000 à 600 points !


Face à l’avenir : déprime ou optimisme ?

Pour présenter une synthèse de la crise maritime, PricewaterhouseCoopers a établi un indice composite, qui agglomère huit données éparses (du prix de l’acier au carnet de commande de la construction navale en passant par le BDI ou les ventes de la pêche). Cet indice, plus fictif que réaliste, tombe de 119,5 au 31 décembre 2007 à 100 un an plus tard et à 86,5 au troisième trimestre 2009.

C’est donc confirmé : les affaires maritimes vont mal. Mais faut-il sombrer en plus dans la déprime ? Non, ont répondu 53 dirigeants de sociétés de l’économie maritime, tous secteurs réunis : s’agissant des perspectives à un an pour leur entreprise, ils sont 77% à être assez optimistes, voire 8% très optimistes.

Une confiance dans l’avenir qui n’est pas partagée par tous. L’Isemar est sceptique sur la possibilité de retrouver des niveaux de consommation à même de porter la croissance dont a tant besoin le secteur maritime pour éponger ses surcapacités. Philippe Louis-Dreyfus, armateur d’autant plus crédible qu’il s’est montré particulièrement avisé ces dernières années, s’attend à ce que la crise du fret et du shipping perdure en 2010 et 2011, notamment dans le vrac. Ceux qui tanguent aujourd’hui n’ont donc pas fini d’être secoués par le retournement de conjoncture aussi brutal que l’emballement fut quasi incontrôlé dès la moitié de la décennie.

(1) Accéder à la Note de synthèse .Paul Tourret, La crise maritime internationale, note de synthèse n° 120, décembre 2009.

Source « La crise sera-t-elle longue pour le monde maritime ?Par Stéphane Jarre | Transports Actualités |14/12/2009| »
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